Jean-Claude Bourdin – Marx et le lumpenprolétariat

« Ce travail, qui cherche à comprendre les usages de la notion de lumpenprolétariat chez Marx (et Engels), est motivé par la coexistence de l’absence de théorie du lumpenprolétariat et la violence des injures qui lui sont adressées chaque fois qu’il est évoqué. Contre la croyance que le lumpenprolétariat occupe une place importante dans la conception marxienne des classes, il faut dire que l’usage du terme n’est pas fréquent. De façon générale, il n’en est question qu’indirectement et souvent quand il s’agit de poser la question politique des alliances du prolétariat. Engels, dans La Guerre des paysans en Allemagne (1850), distingue des classes et, suivant la thèse implicite qui identifie les intérêts de chaque classe et son comportement politique, évalue les chances de solidité de l’alliance recherchée. Analysant l’« opposition plébéienne [composée] d’éléments très mélangés » au patriciat des villes à la fin du Moyen-Âge, il distingue à côté de bourgeois déclassés, de compagnons journaliers privés des droits civiques, le « lumpenprolétariat, cette racaille que l’on retrouve même aux degrés les plus bas du développement des villes » et les éléments embryonnaires de la société bourgeoise dont des éléments « prolétariens non développés encore ». Engels précise que le lumpenprolétariat est issu de « la décomposition du féodalisme » qui suit le déclin des protections professionnelles traditionnelles, grossissant la masse des vagabonds, des mendiants et des journaliers citadins travaillant misérablement dans les interstices laissés par les corporations. C’est pourquoi, dans la préface de 1874, il met en garde les socialistes allemands… »

Jean-Claude Bourdin

Extrait de « Marx et le lumpenprolétariat », in Actuel Marx n° 54, « Populisme / contre-populisme », PUF, 2013.

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source : cairn.info

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